
Puisque je souhaite m’imposer un devoir de réserve après avoir assumé des fonctions partisanes l’an dernier, je n’ai pas l’intention de couvrir la campagne électorale qui s’amorce au Québec. Ce billet constituera donc l’exception qui confirme la règle.
Si j’étais journaliste — un journaliste davantage intéressé par les questions de fond que par le spectacle de la joute partisane — voici les questions que j’aimerais entendre poser aux différents candidats, particulièrement aux chefs de parti et à ceux qui pourraient être appelés à exercer des fonctions ministérielles en cas de victoire. La liste n’est évidemment pas exhaustive. Mais il me semble que certaines questions devraient être posées en priorité.
En premier lieu, l’économie. Que proposez-vous pour amener le secteur manufacturier québécois à se transformer afin de réduire sa dépendance à l’égard des exportations vers les États-Unis? Comment allez-vous travailler avec le gouvernement du Canada et ceux des autres provinces pour que la stratégie québécoise ne soit pas conçue en vase clos, mais qu’elle puisse au contraire capitaliser sur la synergie des efforts de tous? Et qu’allez-vous faire, concrètement et rapidement, pour que le Québec contribue de manière significative à la libéralisation des échanges intérieurs au Canada?
En deuxième lieu, les infrastructures. Compte tenu de l’ampleur de la dette associée aux investissements passés en infrastructures et des ressources qui devront être consacrées à leur maintien dans un état sécuritaire et fonctionnel, quelles seront vos priorités? D’où viendront les ressources nécessaires aux investissements requis? Quelle place accorderez-vous au secteur privé et au péage, particulièrement en ce qui concerne les infrastructures routières?
La santé, ensuite. Les Québécois ont depuis longtemps cessé de croire aux promesses spectaculaires faites en campagne puis oubliées une fois au pouvoir. Que comptez-vous faire, de manière réaliste, pour améliorer l’accès à la première ligne et réduire les listes d’attente en chirurgie? Soigner, c’est bien. Mais être en santé, c’est mieux. Quelle place réelle la prévention occupera-t-elle dans votre approche de la santé? Et quels moyens concrets y consacrerez-vous?
Le coût de la vie, évidemment. Sachant que vous ne pouvez pas tout faire et que vous n’aurez notamment aucune prise sur les prix internationaux ni sur les politiques monétaires des banques centrales, au Canada comme ailleurs, ne devriez-vous pas concentrer vos efforts sur le logement, qui pèse particulièrement lourd dans le budget des ménages, et plus encore chez les plus jeunes? Quel est votre plan?
L’éducation, toujours un incontournable. On entend tout et son contraire au sujet de notre système d’éducation. Il serait très performant si l’on se fie aux tests qui permettent les comparaisons internationales. Mais les problèmes de décrochage — qui touchent particulièrement les garçons — et les difficultés vécues par les enseignants nous envoient un signal beaucoup plus préoccupant. Comment comptez-vous lutter contre ces deux fléaux? Pouvez-vous être plus précis dans vos propositions?
L’ensemble des services publics et la situation budgétaire. Sachant qu’il est impossible de tout faire, comment allez-vous concilier votre volonté d’éliminer le déficit budgétaire d’ici 2030 avec celle de faire mieux en matière d’infrastructures, de santé, de logement, d’éducation et de développement économique, tout en maintenant la confiance des citoyens dans la capacité de l’État à rendre justice et à assurer la sécurité publique?
À quoi êtes-vous prêts à renoncer pour financer adéquatement l’ensemble des services essentiels? Quelle sera votre approche en matière de révision des programmes moins essentiels? Comment allez-vous mobiliser la fonction publique dans un effort d’actualisation de ses missions et de modernisation de ses façons de rendre les services? Et croyez-vous vraiment qu’il soit possible de réduire les taxes et les impôts au cours du prochain mandat dans ce contexte général?
Finalement, le vivre-ensemble et l’harmonie sociale. Dans un monde où règnent de plus en plus la polarisation et les tensions interculturelles, le Québec ne pourrait-il pas avoir un meilleur modèle à proposer? Comment allez-vous gouverner afin que les Québécois de toutes origines se sentent pleinement intégrés, comme membres à part entière de notre communauté? Comment faire en sorte qu’aucun talent ne soit gaspillé dans la tâche toujours immense qui nous attend : améliorer le sort du plus grand nombre et laisser à nos enfants une société meilleure que celle que la génération précédente nous a léguée?
Je ne sais pas si toutes ces questions seront posées. Je ne sais pas non plus si nous obtiendrons toutes les réponses.
Mais voilà ce qui, pour moi, devrait figurer parmi les grands enjeux de cette élection.








